Cadran

2026 · Typographie, 104 signes · Projet en développement

Avant de s’appeler photographie, l’image fixée par la lumière s’est appelée héliographie, « écriture du soleil », le nom choisi par Niépce. Le mot photographie, « écriture par la lumière », est attribué à l’astronome John Herschel en 1839. Dès l’origine, la photographie se pense donc comme une écriture.

Le cadran solaire est l’autre grande écriture du soleil, une ombre qui se déplace et que l’on lit comme une heure. Ma police fait le chemin inverse. Elle prend la forme d’un instrument de mesure du temps et en fait un alphabet. Chaque lettre est une heure arrêtée, deux aiguilles figées dans une position, une phase d’un mouvement circulaire découpé en seize positions. Écrire un mot revient à aligner des lignes et des couleurs, ce que fait précisément une photographie lorsqu’elle extrait une position d’un mouvement continu pour la fixer.

La couleur en photographie est elle aussi née d’une superposition. En 1868, Louis Ducos du Hauron brevète la trichromie, qui reconstitue une image en couleurs à partir de trois couches par synthèse soustractive, ancêtre direct du cyan, magenta et jaune de l’imprimerie. Mon dispositif retourne ce principe. La trichromie sépare une image en trois pour la recomposer fidèlement. Je superpose trois textes distincts, et leur addition ne recompose rien de lisible. Elle produit une trame, une image. À mesure que les couches s’accumulent, la lecture recule et la vision prend le dessus. Le texte cesse d’être lu pour être vu. C’est un seuil que la photographie connaît bien, celui où un signal devient une image.

Chaque lettre de cette police est formée de deux barres qui partent du centre d’un carré, comme les aiguilles d’un cadran, sur seize positions espacées de 22,5°. Dans le développement en cours, trois textes se superposent sur une même feuille, en cyan, magenta et jaune.

Que devient un texte d’archive lorsqu’il est traité comme une image plutôt que comme un document ? À partir de combien de couches un texte cesse-t-il d’être lisible, et ce seuil est-il le même pour tout le monde ? Un alphabet fondé sur le temps peut-il porter la mémoire d’un lieu, comme une ombre porte l’heure ?

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