Recherches photographiques
En cours
Un parking derrière une église. Une haie qui déborde sur un mur. Un portail entrouvert sur rien de particulier. Pas des paysages, pas des monuments, des espaces résiduels.
Je photographie souvent des choses que je ne devrais pas photographier. Je ne sais pas toujours pourquoi je m’arrête. Avant que je n’aie le temps de comprendre, une intuition devance la pensée et fait image devant moi. Souvent, la photographie ne restitue pas vraiment ce que j’avais vu, c’est frustrant et c’est sûrement ce qui me fait continuer.
Ce qui déclenche ces instincts et ce que je remarque, ce sont des frictions, pas un sujet. C’est la façon dont le construit et le vivant ne s’accordent jamais vraiment. Comment ils cohabitent et se débordent mutuellement. Ce sont des seuils, des espaces de solitude provisoire où une présence humaine est déduite, presque jamais montrée.
Dans mes œuvres, je construis des dispositifs interrogeant ce que l’image fait au réel. Comment elle le colore, le déforme et le rend plausible ou suspect.
Lorsque je photographie, je pars du réel pour chercher ce qui fait déjà image en lui. C’est ça que j’essaie de capturer, des instants qui semblent m’attendre, des compositions qui s’agencent d’elles-mêmes devant moi, trop banals pour être beaux, trop précis pour être abstraits.
Depuis l’enfance je m’interroge plus ou moins consciemment sur la façon dont se forment les souvenirs. Comment le cerveau choisit ce qui reste et ce qui disparaît ? J’ai souvent essayé de me dire : je me souviendrai toute ma vie de cet instant. C’est finalement plus de ces affirmations dont je me souviens, comme une rengaine, et rarement de ce qu’elles désignaient.
Dans mon esprit, ces images sont aussi des traces de mon passage, mais pas comme des souvenirs, comme quelque chose de plus durable. Pas pour fixer le réel, mais pour laisser une empreinte de l’attention que je lui ai portée.
Il y a là-dedans quelque chose de profondément lié à la question de la représentation. Celle des humains, mais aussi la mienne et de nos rapports. Je n’aime pas être vu en train de photographier. Pas par pudeur, mais par refus d’être assigné à une fonction. Le photographe désigne. Il dit : ça, c’est digne d’être regardé. Je ne veux pas tenir ce rôle. Je ne veux pas qu’on me croie en train de juger ce qui est beau, ce qui mérite d’exister en image.
Il y a peut-être quelque chose d’anxieux dans cette façon de photographier, une méfiance vis-à-vis de ce qu’on voit, une attention aux marges, aux bords, à ce qui n’a pas encore été nommé. Quelque chose qui dépasse la photographie aussi : un rapport au monde un peu compliqué, une méfiance envers ma propre position dans l’espace public, envers ce que je représente quand je regarde, ce que ça fait à l’autre.
Je ne cherche pas forcément la belle image. Je cherche l’endroit où le regard accroche sans savoir pourquoi.